Révolution Projet : Comment les organisations, les gouvernements et les individus peuvent s’adapter à un monde de projets

Révolution Projet : Comment les organisations, les gouvernements et les individus peuvent s’adapter à un monde de projets

31Par le blogueur invité Antonio Nieto-Rodriguez

Les projets sont à l’origine des plus grandes réalisations de nos civilisations. Ils ont poussé la société à progresser et, souvent, à dépasser des limites scientifiques et culturelles établies de longue date.

Selon des études récentes, le nombre de personnes occupant des postes en lien avec des projets passera de 66 millions (en 2017) à 88 millions (prévision 2027). Et la valeur de l’activité économique mondiale générée par les projets augmentera de 12 milliards de dollars (en 2013) à 20 milliards de dollars (prévision 2027).1

Cela représente des millions de projets. Pour lesquels il faudra des millions de chefs de projets chaque année. D’ici 2025, je prévois que, quels que soient l’industrie ou le secteur, les cadres de haut niveau et les managers passeront au moins 60 % de leur temps à choisir. Mais aussi à prioriser et diriger l’exécution des projets. Nous serons alors tous chefs de projet.

Dans ce nouvel environnement, les projets deviennent le principal outil pour insuffler le changement et créer de la valeur. En Allemagne, par exemple, environ 40% du chiffre d’affaires et des activités des entreprises allemandes sont réalisés sous forme de projets. En fait, on trouve des pourcentages similaires dans la plupart des économies occidentales. Les chiffres sont encore plus élevés en Chine et dans certaines des grandes économies asiatiques, où le travail par projet a constitué un maillon essentiel de leur développement économique. La soi-disant gig economy (« économie des petits boulots ») est conduite par projets. Ne vous y trompez pas, nous assistons à l’essor de « l’économie des projets ».

Et ce bouleversement n’a pas seulement un impact sur la façon dont les organisations sont gérées. Chaque aspect de notre vie devient un ensemble de projets, avec de nombreuses implications :

Éducation : Pendant des siècles, l’apprentissage s’est fait en mémorisant de livres volumineux et de montagnes de documents écrits. Aujourd’hui, les principaux systèmes éducatifs, dès le plus jeune âge, appliquent le concept de projets pédagogiques. L’application de théories et l’expérimentation par le biais de projets s’est avérée être une bien meilleure méthode d’apprentissage, et elle deviendra bientôt la norme.

Carrières : Il n’y a pas si longtemps, on faisait carrière au sein d’une seule organisation. Tout au long du XXe siècle, une majorité de personnes ont travaillé pour une seule entreprise. Aujourd’hui, nous sommes davantage susceptibles de travailler pour plusieurs entreprises, et à un moment donné, nous deviendrons très probablement indépendants, travaillant principalement sur des projets. Ce type de carrière se conçoit davantage comme une succession de projets dans lesquels nous appliquons les leçons que nous avons tirées de nos précédents jobs, entreprises et industries tout en développant nos compétences pour le prochain changement de carrière – que nous connaissons rarement l’avance.

Gouvernance d’entreprise : Les conseils d’administration jouent un rôle essentiel dans la création de valeur et le succès à long terme de l’entreprise. En cette période de turbulences, l’orientation et la priorisation des initiatives sont devenues des compétences essentielles des conseils d’administration. Lorsque les organisations mènent un trop grand nombre de projets stratégiques sans établir clairement les priorités, elles se dispersent : les équipes se disputent les ressources, les engagements ne sont pas respectés et la plupart des projets finissent hors coûts, délais et sans apporter la valeur prévue. Inversement, l’ignorance des responsabilités des administrateurs à cet égard est une faiblesse de la gouvernance d’entreprise qui peut avoir des conséquences dévastatrices, comme la perte d’une grande partie de leur valeur et la faillite.

Démocratie : La crise actuelle que nous observons dans les systèmes politiques du monde entier a amené les universitaires et d’autres à proposer de nouvelles façons de gouverner. L’une des expériences les plus révolutionnaires a été menée en Irlande. La Convention sur la Constitution, établie par le gouvernement irlandais en 2012, a abordé un certain nombre de réformes constitutionnelles potentielles, notamment la question de savoir s’il fallait changer le système électoral ou bien réformer le parlement. La nouveauté, c’est que chaque sujet est abordé dans le cadre d’un projet. Un tiers des membres de la Convention sont des membres du parlement irlandais, et les deux tiers sont des citoyens ordinaires choisis au hasard parmi la population irlandaise et qui travaillent à l’Assemblée pendant un temps limité.

Théorie économique et indicateurs de prospérité : Traditionnellement, le progrès a été mesuré en fonction du pouvoir d’achat ou du revenu par habitant. Mais ce qui marque réellement le progrès, c’est autre chose à l’arrière-plan un élément sous-jacent : au fil de l’histoire, les sociétés et les individus ont acquis une plus grande capacité à réaliser des projets. Les indicateurs traditionnels, issus de la théorie économique, étaient bons lorsque le monde était plus prévisible, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Dans un avenir proche, nous pourrions nous intéresser à des indicateurs économiques basés sur la capacité réelle d’un pays, ou d’une entreprise, à mener à bien ses projets. Cela pourrait être un indicateur plus approprié du pouvoir économique et social.

La bonne nouvelle, c’est que le travail par projet est centré sur l’humain. Je crois qu’il permettra de mettre davantage l’accent sur les individus. Les projets ne peuvent pas être réalisés par des machines ; ils nécessitent des capacités humaines. Les individus doivent se rassembler autour de l’objectif du projet, diviser le travail, créer des liens, interagir et aborder les aspects émotionnels afin de créer une équipe très performante. La technologie jouera bien sûr un rôle dans les projets. Elle améliorera leur sélection et augmentera leur chance de succès. Mais la technologie sera le catalyseur et non l’objectif. Le Projet Révolution sera dirigé par des personnes et non par des robots. Il sera dirigé par des gens comme vous.

1 Project Management Job Growth and Talent Gap Report 2017-2027 (Project Management Institute, 2017), consulté le 1er octobre 2018, https://www.pmi.org/-/media/pmi/documents/public/pdf/learning/job-growth-report.pdf?sc_lang_temp=fr.

2      https://www.gpm-ipma.de/know_how/studienergebnisse/makrooekonomische_vermessung_der_projekttaetigkeit_in_deutschland.html